[Livre] V. D. Hanson : La guerre du Péloponnèse

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[Livre] V. D. Hanson : La guerre du Péloponnèse

Message  Charietto le Ven 22 Mai - 21:21


La guerre du Péloponnèse.
Victor Davis Hanson.
Traduit de l'anglais par Jean-Pierre Ricard.
Flammarion, Paris, 2008.

Aucun conflit, dans l'Histoire, n'est aussi riche d'enseignements pour notre époque que la guerre du Péloponnèse " : cette conviction est au coeur de l'enquête menée par l'historien Victor Davis Hanson sur la lutte qui opposa, il y a près de deux mille cinq cents ans, Sparte et Athènes.
Car la guerre du Péloponnèse préfigure nombre de conflits modernes : ce fut un affrontement titanesque entre deux superpuissances et leurs alliés, une sorte de guerre mondiale à l'échelle de la Grèce ancienne ; ce fut aussi une sanglante guerre civile, puisqu'elle mit aux prises des hommes qui adoraient les mêmes dieux et parlaient la même langue ; ce fut surtout une guerre sale, qui inventa de nouvelles méthodes de terreur, bien éloignées du traditionnel combat d'hoplites. Sièges, coups de main, meurtres d'otages, massacres de civils et de prisonniers s'enchaînèrent pendant vingt-sept ans, jusqu'à la capitulation d'Athènes : la Grèce de l'âge d'or n'était plus. Pour raconter le premier conflit total de l'Histoire, ce livre, s'inspirant de Thucydide, nous fait toucher du doigt la chair même de la guerre : le sort d'Athènes livrée à une peste meurtrière, l'effroi d'assiégés mourant de faim, le recours à d'effroyables techniques militaires, le désespoir de généraux illustres comme la mort, loin de chez eux, d'humbles soldats paysans...

D'abord, commençons par un petit reproche : la traduction improre du titre de l'ouvrage. Le titre original : "A war like no other" ("Une guerre à nulle autre pareille") donnait une bien meilleure idée de la teneur de l'ouvrage que son titre français.
En effet, l'auteur s'attache à démontrer que la guerre du Péloponnèse marque une rupture avec les conflits ayant précédemment agité la Grèce, en ce sens qu'au traditionnel combat d'hoplites, elle substitue une manière résolument actuelle de faire la guerre.

Pour mettre ceci en valeur, l'auteur a choisi une approche que différente du récit chronologique classique et organisé son ouvrage autour de thématiques précises couvrant de manière exhaustive les différents aspect du conflit, comme les sièges, les batailles navales, la maladie, les batailles rangées, les tactiques de guérilla (qu'il qualifie de "terroristes", ce que d'aucun pourront trouver un peu anachronique, mais ne s'agit-il pas ici d'une simple question formelle ?), etc...
Cette approche originale a le défaut d'entraîner pas mal de répétition, quand l'auteur revient à plusieurs reprises, dans des chapitres différents, sur un même évènement, ce qui rend parfois l'ensemble un peu lourd (à mon goût).
Malgré tout l'exposé est clair et accessible pour les non-initiés, ce qui n'est pas le cas de tous les ouvrages rédigés par des historiens.

Certains pourront reprocher à l'auteur les nombreux rapprochements qu'il fait entre la guerre du Péloponnèse et les guerres ultérieures, inhabituels dans la littérature historique française (et déconseillés dans les dissertations sur lesquels certains ont pu plancher dans nos universités).
Au lecteur de juger s'il trouve ces parallèles déplacés, hasardeux, judicieux ou pertinents.

Toutefois, l'ouvrage a, à mon avis, l'intérêt de poser un certain nombre de questions intéressantes sur les conflits en général comme l'indissolubilité de leur lien avec la civilisation (et la politique) ou les concepts de "guerre propre" (jusqu'à quel point peut on sacrifier son humanité pour faire la guerre plus efficacement), sans limiter les aspects humains à quelques généraux célèbres. L'auteur ne manque pas de ramener le tout aux hommes qui ont vécu cette guerre "sale" dont il nous livre souvent crûment tous les détails :

Mais entre l'émotion et la logique il y a le sort de ces milliers d'hommes, pour la plupart inconnus, à qui on demanda de résoudre par la force ce que les mots seuls n'étaient pas parvenus à faire, comme Astymachos et Lacon, exécutés à Platées en 427, le Tanagrain Saugénès tué à Délion en 424, Skirphondas tué à Mycalesse en 413 et le Spartiate Xénarès tombé à Héraclée en 419. N'oubliez pas ces hommes, car la guerre du Péloponnèse fut la leur, et celle de personne d'autre.

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